Sobibor – Jean Molla

Emma est une jeune fille atteinte d’anorexie. Appréhendée dans un supermarché pour vol, elle ne peut qu’expliquer : « Je l’ai fait pour qu’on m’arrête. » Pourtant, Emma veut savoir, Emma veut comprendre. « Sobibor », ce nom, prononcé par sa grand-mère polonaise peu avant sa mort, lui apportera plus que de simples réponses.

Mon avis : 

Emma, une jeune adolescente anorexique, commence par nous raconter qu’elle s’est fait arrêter dans un magasin, car elle volait. Quand sa mère lui demande pourquoi, elle répond qu’elle voulait qu’on l’arrête. Pour comprendre cette réponse, il faut remonter dans le passé d’Emma. Jusqu’au moment où, un peu avant de mourir, sa grand-mère parle de Sobibor et d’un dénommé Jacques. Emma va vouloir comprendre ce qu’est Sobibor, et qui est ce Jacques dont elle n’a jamais entendu parler. Le journal écrit par Jacques, durant la deuxième guerre mondiale, alors qu’il était en poste au camp de Sobibor, en Pologne, va lui apporter de terribles réponses.

A travers ce roman, Jean Molla aborde plusieurs thèmes. Il revient sur un épisode marquant de notre histoire : l’extermination des juifs par la politique d’Hitler. Par ce biais, il nous questionne aussi sur la question de la responsabilité de nos gestes, sur la question du pardon. Il aborde aussi le thème de l’anorexie, et à quel point un « cadavre dans le placard », un secret de famille, peut se ressentir inconsciemment pendant plusieurs générations. Enfin, l’auteur nous met aussi face à une question en apparence tellement simple : comment aurions-nous réagi à la place d’Emma ?

Le style de Jean Molla est claire, compréhensible, sans fioriture. Il nous met face aux réalités dont il parle, ne cache rien derrière des figures de style ou des métaphores. Les évènements sont livrés sans se préoccuper de ne pas trop choquer le lecteur ou de susciter de la pitié.

Je trouve qu’il est difficile d’apprécier les personnages. La grand-mère d’Emma est secrète, et même si elle m’était très sympathique au début, ce sentiment décline au fil du roman. Les parents d’Emma sont relativement absents. Quant à Emma, on comprend son état d’esprit, ses motivations. On ne la plaint pas, elle n’est pas non plus exaspérante. Mais sa réaction à la fin du roman est très dur, elle m’a choquée.

Sobibor est écrit d’une main de maître, et malgré les sujets durs abordés et les passages tristement marquants, je n’ai pas lâché ce livre. En conclusion, c’est un excellant roman, qui va vous marquer et dont vous vous souviendrez longtemps après l’avoir lu.

A la fin du livre, Jean Molla écrit que l’origine du livre est le film Shoah, de Claude Lanzmann.

Informations

Auteur : Jean Molla, né en 1958 au Maroc, est un auteur français de livres pour la jeunesse. Après avoir fait des études de lettres, il enseigne le français dans un collège. Son premier roman, Copie conforme parait en 2001. Il vit désormais à Poitiers.

Édition: Folio

Date de parution : 2011

Nombre de page : 198 p.

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