Des bleus au coeur – Louisa Reid

Des bleus au cœurs est un conte, mais un conte terrifiant et terriblement réaliste. C’est l’histoire tragique de ces deux sœurs jumelles prises au piège d’un père monstrueux, une histoire comme on en découvre dans les pages de faits divers, un drame familial qui se déroule derrière les portes closes d’un maison tranquille et proprette, et qu’aucun voisin ne soupçonne d’abriter les pires violences.

De chapitre en chapitre, les voix des deux sœurs alternent autour d’une scène terrible qu’on ne découvre vraiment qu’à la fin : la mort d’Hephzibah. Rebecca raconte l’après, comment elle tente de s’enfuir, pour échapper au même destin. Hephzi, elle, déroule le fil de son destin, tissé d’amour, de rêves et de désespoir.

Mon avis : 

Tout d’abord, merci à Babelio et aux éditions Plon pour ce partenariat.

La première ligne du roman : « Aujourd’hui, ils m’ont obligée à aller à l’enterrement de ma sœur. » Ainsi, le récit va nous raconter la vie de Rebecca et d’Hephzi, deux sœurs jumelles de 17 ans. Filles d’un vicaire très radical et violent, elles ont vécu toute leur vie partagées entre leur maison et l’église, sous les yeux vigilents de leur père et l’indifférence de leur mère. Hephzi va nous raconter sa vie à partir du moment où elle arrive à convaincre ses parents de la laisser, ainsi que Rebecca, aller au lycée : véritable liberté pour elle qui a vécu coupée du monde. Rebecca, elle, commence son récit au moment de l’enterrement de sa sœur, et va raconter sa lutte pour s’en sortir, pour fuir ce foyer. Et grâce à ces deux récits alternés, le lecteur va se plonger dans la vie des deux jeunes filles pour comprendre peu à peu comment Hephzi est morte.

Si vous n’aimez pas les histoires dures, cruelles, où on parle de violences, d’humiliations, de maltraitance, passez votre chemin. L’histoire que Louisa Reid nous conte est loin d’être une partie de plaisir. Sans entrer dans les détails et décrire tous les actes de violence que subissent les jumelles, l’auteur est assez précise pour que le lecteur puisse s’en faire une idée exacte. Et puis… l’imagination fait le reste ! Il aurait d’ailleurs été inutile d’avoir plus de précisions, et je suis contente que l’auteur n’est pas juger bon d’aller plus loin dans ses descriptions. Du coup, il n’y a absolument rien de gore.

Le roman se compose d’une alternance entre les chapitres d’Hephzi et les chapitres de Rebecca, écrits tout deux à la première personne. Mais impossible de s’y perdre. Tout d’abord, parce que les deux sœurs sont très différentes l’une de l’autre. Même si elles habitent sous le même toit, vivent la même horreur et ont globalement la même envie (fuir cet atroce foyer), les deux sœurs ont des caractères très peu semblabes, des centres d’intérets très différents, et ça se ressent dans l’écriture. Enfin, au cas où ça ne suffirait pas, le prénom de la narratrice est indiqué à chaque début de chapitre.

Hephzi est une jeune fille qui a soif de liberté, et qui rêve d’une vie des plus normales : avoir un petit copain, faire la fête, bien s’habiller, avoir des amies,… Mais elle est loin d’être superficielle (comment l’être, d’ailleurs, avec une vie pareille ?). Elle est plutôt naïve : elle rêve d’un amoureux qui l’aimerait profondément et qui l’aiderait à se sortir de sa misère. Rebecca est beaucoup plus timide et renfermée. De plus, elle souffre d’un syndrome qui lui donne un visage peu avenant. Subissant la moquerie des autres et la répulsion de ses parents, on comprend sans peine qu’elle veuille se faire la plus petite possible. J’ai trouvé les deux sœurs très touchantes, en particulier Rebecca, qui a souffert plus que de raison (étant la tête de turc de son père), prête à protéger sa sœur au risque de prendre elle-même les coups, et se servant de la mort de cette dernière, et de son souvenir, pour s’en sortir.

Les autres personnages ne sont pas en reste. Il y a avant tout les parents des jumelles, terrifiants : l’un par son fanatisme et sa violence, l’autre par son indifférence et manque d’amour, mais tout les deux parfaitement capables de donner le change. Fort heureusement, d’autres personnages sont bien plus sympathiques : Craig, qu’on apprendra à aimer, mais surtout Danny et Cheryl, qui vont prendre Rebecca sous leurs aîles.

Enfin, Des bleus au coeur est un roman qui se lit rapidement, parce que la police d’écriture utilisée est assez grande, mais surtout parce qu’une fois qu’on a plongé au cœur du roman, on veut savoir la suite, on espère tellement trouver un peu d’espoir qu’on ne veut plus s’arrêter de lire.

J’ai énormément aimé ce roman, même s’il est parfois difficile de s’imaginer qu’on puisse vivre autant coupé du monde. Au point de ne pas savoir, à 17 ans, comment on fait les enfants par exemple. Mais Louisa Reid reste totalement cohérente. Tout se tient, grâce à ses personnages et son style d’écriture parfaitement réalistes… Malheureusement peut être trop réaliste, car je suis ressortie de cette lecture bouleversée, émue, en ayant eu l’impression d’avoir entendu cette histoire de la bouche des jumelles même, et je n’aurai pas été surprise si j’avais découvert à la fin une note indiquant que cette histoire était une histoire vraie.

Bref, trois jours après avoir refermé ce livre, je peine encore à lui trouver un point négatif. C’est un coup de coeur, et la fin n’y est pas pour rien.

Informations :

Titre VOBlack Heart Blue

Auteur : Louisa Reid est enseignante, elle vit à Cambridge avec son mari et ses deux enfants. Des bleus au coeur est son premier roman.

Louisa Reid

Traducteur : Amélie de Maupeou

Édition: Plon

Date de parution : 2012

Nombre de page : 316 p.

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